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Jeudi 23 mai 2013 4 23 /05 /Mai /2013 09:14

 

  Une nouvelle "hénaurme", en quatre parties

 

 

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GRAPH-93.jpg Tu n'as pas arraché le fil ? ", lui demande MC en agrémentant sa question d'un léger coup de coude sur l’arête du nez de son interlocuteur, lequel répond « Aie ! ».

MC lui tend son mouchoir et il se tamponne avec précaution. « Je n'ignorais rien de ce fil et de sa destination figure-toi, mon ami » révèle MC. Max, décidément peu loquace, répète « Aie ! » quand le détective lui donne un coup de genou peu dilatoire dans les parties.

« Avoue, mon ami. Tu t'épargneras quelques arrangements difficiles avec ton corps bientôt en lambeaux. Je n'aime pas la souffrance, mais du moment que ce n'est pas moi qui la subit je suis plutôt tolérant en la matière. A vrai dire, je m'en fiche éperdument et je peux te dire sans éprouver de gêne éthique ou de dilemme moral que je vais te briser le petit et le gros orteil avant de te faire faire des pointes. En tutu, mon vieux. J'ai un tutu dans la voiture. C'est pour une connaissance de mon patron qui aime la danse, tout en étant, je ne sais pourquoi, un peu effrayée par moi, alors que...

Mais tout ça ne t'intéresse pas, n'est-ce pas. Et moi non plus, d'ailleurs. On va arrêter les préliminaires. Enlève tes chaussures, je sais qui tu es, putain de terroriste ! Le fil mène à une bombe, ce que tu savais pertinemment. J'ai investigué ici, à l'insu de tous, ce qui m'a permis de trouver au moins une de tes bombes...Navimoto, amène les pinces. Je répète, où sont les autres bombes, chacal !?...

Avec un courage peu commun, MC saisit le monstre par une oreille et le traîne dans la pièce en exigeant l'emplacement de ses engins de morts que toute la chaîne, tout le paysage audio-visuel, tout le gouvernement et le reste de la France redoutent. Max ne tarde pas à dénouer sa cravate et à exiger à boire. « Donnez-lui tout de même à boire », dit Navimoto avec un sens de l'à-propos que certains pourraient trouver remarquable et un sourire absolument énigmatique.

MC lui retourne une claque pour son impudence, avant de lui demander d'aller chercher à boire pour tout le monde car l'heure est grave. Navimoto se relève et s'éloigne avant de se retourner. « Bebi ou Gola ? ».

MC lève une main et Navimoto reprend. « Pepsi ou Cola ? ». L'ignoble terroriste rajuste sa veste et répond « Une tasse de café, si cela ne vous fait rien. ». Cette immixtion peu subtile dans un débat fermé lui vaut un châtiment bref mais juste, auquel il répond d'un mot. Lequel est assez bref également.

 

Un peu plus tard, l'équipe assise autour de lui, MC distribue les carnets de prise de notes avant d'exposer son plan.

« Évidemment nous n'allons pas lâcher l'affaire. Ce serait une réussite ponctuelle et une défaite stratégique. On prépare pas l'avenir en restant dans le présent. Qui veut la paix prépare la guerre, mieux, la fait. Donc, nous allons faire sauter ces quatre bombes dont Max vient gentiment de nous indiquer l'emplacement. Ainsi nous pourrons revendiquer l'élimination de la menace. Quand au véritable auteur de cette « tuerie », comme diront ces crétins de journalistes, ce sera notre ami. Il sera malheureusement déchiqueté, un peu plus, par les bombes et peu capable de répondre aux médias ou aux autorités. Nous le ferons à sa place. Des questions ?...Heu non, non, je ne crois pas, Moktar. La pause-pipi, il fallait la faire avant. J'ai déjà distribué le timing de l'opération, tu n'avais qu'à regarder tes mails ou demander. Là, à vue de nez, il nous reste dix secondes avant que le Semtex n'explose.

 

 

 

 

La chaîne a proprement sauté et les bombes terroristes avec, bien stimulées par les explosifs préventifs mis en place par MC et son équipe. Le terroriste s'est vu privé de ses otages. Objectif atteint. MC laisse aux officiels le soin d'expliciter l'opération. Évidemment les otages sont définitivement libérés et en route vers un monde meilleur.

Sera mis en avant le caractère novateur de l'opération qui a permis de ne pas céder, malgré les pressions. Il y aura bien sûr quelques plumitifs grincheux pour arguer qu'on aurait peut-être pu sauver quelques otages. On leur opposera facilement la nécessaire inflexibilité dans un monde où le terroriste guette à chaque coin de rue, disposé à respecter uniquement la force. Force légitimement appliquée en l’occurrence, face à une menace sans pitié et et sans limite.

« Voilà votre argent, mes amis ». Dans son bureau, bien après la tombée de la nuit, quand tout le monde s'en est allé rejoindre la vie, loin des malfrats et des horreurs de ce monde, MC tente de conclure dans la sérénité « L'affaire du T.T », nom qu'il a choisi de donner à cette péripétie qui a coûté la vie à huit personnes dont, fort heureusement, un terroriste patenté. Personne ne peut dire exacement la signification de "T.T.", mais personne ne le demande.

Perché sur un tonneau, il trinque avec Moktar et Navimoto quand éclate dans sa mémoire le souvenir de la vidéo. Car enfin, bon dieu, c'était pour ça qu'on a affronté l'horreur et que les nôtres sont morts, hein ?!...Moktar rote. MC sourit de ce signe de satisfaction culturellement contingent mais plutôt agréable, et lâche la gorge du mercenaire afin de se concentrer sur ce minuscule mais originel élément de l'aventure : la vidéo.

 

La fête est un peu hâtée et même légèrement bousculée. Navimoto et Moktar se retrouvent dans l’ascenseur avec de bonnes liasses de billets et la satisfaction du travail accompli. Ils conjecturent quelques instants sur l'humeur versatile de leur chef et vaquent enfin dans la nuit froide de l'oubli. Demain, ils chercheront un autre employeur et n'auront pas à cajoler, ni enrubanner les médias. Il faut savoir préserver la tranquille insouciance des petites mains.

 

MC n'en est pas à sa première mission. Son corps dur et mat porte les traces de l'expérience. Journalistes et caméras, il en fait son affaire. Quand aux autorités elle freineront toute investigation du moment que le résultat est positif, et il est positif. Une nouvelle approche, un nouveau concept, que dis-je, Monsieur le Préfet, un nouvel ordre policier mondial vient d'être validé sur le théâtre des opérations. Il sait qu'on l'entendra car l'avenir ne s'encombre pas d’œufs cassés et le futur est une omelette qu'il faut d'abord battre. Ainsi pose-t-il quelques instants devant la glace de son salon, en peaufinant le discours qu'il propulsera sur les neurones bienveillantes du serviteur de l’État qui va le recevoir.

L'accessoire est expédié, il piaffe, impatient de revenir vers les commencements, qui ressemblent naturellement aux fins, comme l'alpha à l’oméga, ou l’œuf à la poule, si l'on prend en compte la dimension téléologique de l'événement et adopte une approche fractale des similitudes, comme il tentera de l'expliquer au patron, après avoir testé ses arguments auprès de sa secrétaire, si elle montre un minimum d'enthousiasme.

Il remonte les manches de son pull kaki et se dirige vers le grand coffre noir à côté de la cheminée, au fond du salon. Le cadenas ouvert, il en extirpe d'un seul mouvement une forme humaine qu'il laisse chuter sans précautions excessives. La forme crie banalement « Aie » mais ne réclame ni présentation, ni explications.

 

Oui, c'est bien lui. Il est formellement mort pour les besoins de l'enquête, mais les autorités n'allaient pas s'abaisser à demander à voir les restes, ce qui n'ignorait pas MC. MC qui savait également que la scène ultime de ce drame sanglant et quelque peu romantique n'était pas jouée.

Le monstre est là et n'a pas fière allure. Le costume légèrement froissé, il se présente, de plus, pieds nus, ce qui est d'une incorrection rare. MC contemple la bête diminuée, pose une botte sur un de ses pieds et questionne d'une voix douce. « Tu te souviens de la vidéo, mon ami ? ». Max Denoyaute ne répond rien. MC prend le temps de respirer en essuyant sa botte sur le t-shirt en lambeaux de Max, qui ne réagit pas vraiment.

 

Deux techniques s'affrontent pour l'obtention d'aveux circonstanciés. L'électricité ou le charcutage. Max Comodo a brillamment défendu la première à l’École de Formation du Détective Moderne, en tant que formateur intérimaire. Chaque technique, en fait, à ses avantages et ses inconvénients, aime-t-il à préciser. In fine, il s'agit d'abord de repérer le suspect, de l'examiner et l'enregistrer sous tous les angles. Après, on peut songer à lui faire avouer qu'il dealait des secrets ou trompait sa femme avec un chimpanzé de moins de 18 ans. Une chose après l'autre et les poules seront bien gardées. En l’occurrence, le choix est incontournable, mais la facture d'électricité du mois est plutôt salée, ce qui ferme la partie. La moquette bleu pétrole du salon le regarde cependant d'un sale œil, elle qui n'a pas oublié le dernier interrogatoire en sa présence, qui s'est traduit par quelques taches que le détective eut le plus grand mal à faire disparaître.

 

Max Denoyaute écope d'un atemi qui lui déchausse quatre dents, dont une à la bonne idée de remonter dans une fosse nasale, ce qui multiplie la douleur. Il hurle avec conviction et secoue la tête. Sang, bave, dents, le méli-mélo ordinaire.

« Je répète... », répète MC pour l'animal ensanglanté avec cravate. « Meuaarnannann... » l'interrompt Max. Difficile de voir aujourd’hui un terroriste de haut niveau dans cette loque, mélancolise MC. « Quoi ??.. ». « Bbbouii !.. ». « Tu l'as vu ? ». L'autre se frotte la tête avant de récupérer quelques morceaux de cartilage sur le sol. MC qui ne supporte pas les pingres lui cloue le petit orteil droit sur la moquette, qui se résigne. Le terroriste déchu dépasse les trois cents décibels sans effort, menaçant les vitres et convoquant potentiellement un réparateur. MC stoppe l'inflation d'un coup de coude dans l'estomac.

« Alors ? ». Un œil pend au bout de son fil, mais l'autre fixe le détective avec une relative incompréhension. MC secoue la tête et l'odieux recule. « Raconte... ». « 'konte koi ?... ». MC soupire et attrape la trousse à outils de l'autre côté de la cheminée, au fond du salon. Max recule en faisant non de la tête. MC avance en faisant des mouvement de tête opposés, voire inverses à ceux de son interlocuteur. D'un geste vif quoique un peu las, il saisit l'oreille gauche du récalcitrant avec une pince crocodile verte et tire un peu à lui. L'autre articule avec une remarquable précision « Je vais te dire, mais... ». Avec sang-froid et une grande humanité, MC ouvre les mâchoires d'acier.

« Voilà une idée qu'elle est futée...Tu m'expliques sans mais – on n'est pas des chèvres - pourquoi tu tiens tant à cette vidéo. Secundo, tu me dis ce qu'il y avait sur ces images. Tu ne me caches rien, tu n'oublies rien, sinon je retire les deux oreilles de ta tête d’empaffé qui ne les mérite pas et je les cloue chacune sur un baffle de deux cent watts, avant de lancer le mp3 de L’Être et le Temps. 22h 33mn 8s de philo hardcore. En général, les cinq premières heures, ça va. ».

Par Alain Lasverne - Publié dans : De rien et d'autres - Communauté : papierlibre - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 18 mai 2013 6 18 /05 /Mai /2013 10:46

  Une nouvelle "hénaurme", en quatre parties

 

 

                             - 17h25

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GRAPH-92.jpg es méga-tendances de la situation ont été impeccablement mises au jour. Il n'empêche que la solution se fait attendre. Alors qu'une ombre chargée de documents vient de filer comme l'éclair devant la vitre du bureau,

MC sort sa canne de golf. Il tape balle après balle dans le mini-parcours escamotable lové au fond de son bureau jusqu'au moment où l'une d'elle s'envole et fracasse l'ampoule basse consommation. L'éclairage était chiche, de toute façon. Rien à voir avec la lumière qui vient de jaillir dans les neurones vigilantes du détective.

 

- 12h

 

Le facteur surprise est déterminant pour l'opération « borderline ». Il s'agit de surprendre. Et surprendre, c'est surprendre sans être surpris, a expliqué MC à la secrétaire du patron découverte en train de mettre des renforts sur ses articulations ainsi qu'un casque intégral. Elle a bredouillé un entraînement de roller à venir. MC l'a regardée dans les yeux en lui tapotant le casque et lui a demandé son attention. Voilà le plan, l'unique.

Elle n'a rien dit. Un bon test avant de le dérouler devant le patron. Elle a même approuvé d'un grand mouvement de tête enthousiaste puis s'en est allée, légère et à peine court vêtue, vers le bureau du patron. Pas la mauvaise fille, finalement. Et de la conversation.

Le patron a été surpris, par « borderline ». Normal. Il a évidemment objecté. MC était prêt, il n'a pas hésité une seconde. Il s 'agit de poser les bases d'une nouvelle stratégie : le contre-terrorisme préventif. Le patron a dit qu'il ne voulait rien savoir. A ce stade de l'enquête, vous en prenez la responsabilité, mon vieux. Son doigt désignait l'au-delà. MC s'en est allé vers une nouvelle ère.

 

- 10 h

 

Un nombre d'heures inférieur à sept mais indiscutablement supérieur à cinq s'est écoulé. Il reste donc autour de six heures pour changer la donne, terroriser le terroriste voire lui ratatiner sa face simiesque. MC a réussi à trouver le matériel et deux hommes, ce qui n'est pas suffisant pour une opération de cette envergure. On est dans l'expérimental. Et l'expérimentation, c'est de l'impro. Faut du monde, et pas des bras cassés comme vous.

Les collègues de Marcel Comodo ont souri en approuvant silencieusement, avant de se retirer. L'un d'eux a soufflé « préventivement ». Quelques secondes plus tard leurs rires de hyènes génétiquement modifiés ont résonné. MC a libéré un « Om » venu du fond des tripes et encore un autre, bien sonore. La paix de Krishna l'a envahi, au loin se sont envolées ces vaines hystéries.

 

- 9h

 

MC fait chauffer le mobile. Il a déjà trouvé un chimiste versé dans les explosifs et deux cent gramme de Semtex revendu par un colonel croate marié à une béninoise dont les quatre enfants ont des goûts de luxe. MC a compati, d'autant que le tarif était avantageux. Il a cependant décliné le bonus en compagnie de la béninoise. MC est marié et ne jure que par les finnoises. Ce qui échappe complètement à son épouse Colchic, comme à la secrétaire du patron à qui il a tenté d'expliciter le concept d'état d'exception en matière sexuelle en citant un certain Agamben, que la secrétaire a cherché vainement dans ses dossiers après s'être ouvert au patron des plans de drague bizarres de MC. Lequel patron a tendu un doigt vers la porte. Peu finnoise mais très fière, la secrétaire a répliqué « Vafenculo », en partant. Le patron a secoué la tête avant de répondre : « Avec deux sucres ».

 

- 8h

 

Il se délecte, quelque part, même si le grand silence blanc qu'a laissé la disparition de son blog a creusé un vide au milieu de sa tête. Planqué sur le toit d'un immeuble, il scrute à la longue-vue les allers-retours des otages. Trois hommes et une femme débraillés, les yeux cernés, tournent en rond dans les studios de France 25 en quarantaine. Ça sent la pisse et la mort, ricane-t-il. Ils vont craquer !... Sinon bonbonnes feront leur boulot. Bonbonnes pleines de clous et lestées de quelques kilos d'un explosif rustique. Efficace. Il a déjà testé dans sa dernière campagne de mercenaire. Aujourd'hui, pas de conflagration intéressante à signaler, pas de contact sur la boite-mail. Un petit galop d’entraînement, ça fait du bien pour supporter l'attente.

 

- 7h

 

MC est extrêmement satisfait. Son offre d'emploi, qui ne passe pas forcément par les canaux classiques, a généré un contact de qualité. Dernier candidat pour le dernier poste à pourvoir. « Borderline » va enfin démarrer. La musique de Petit papa Noël résonne soudain dans l'abri insonorisé qu'il s'est fait emménager sur le toit d'où il surveille. Numéro masqué. Il décroche. Une voix souffle « Omar ». Extrêmement tendu, MC répond « Thermidor ». Très calme, l'autre réplique «saignant». Ouf, il est là, c'est bien lui, le dernier, l'ultimate, voire le premium, si affinités.

 

- 6h

 

On crie là-bas, dans la zone de quarantaine. La face creusée et pustuleuse de ce qui fut un cadreur glisse sur une vitre, tordue par un hurlement muet. Une femme prostrée sous une console de mixage tente de dormir en protégeant sa poitrine des restes de son chemisier déchiré par un animateur devenu fou sous la séquestration. Les bombes sont toujours quelque part et sauteront toujours dans 360mn GMT. La tension est au taquet, il n'y a plus de décaféiné, il fait une chaleur anormale sous la tente plantée sur le toit pas si loin de l'abri du terroriste inconnu, et Colchic a demandé le divorce à deux heures du matin. Divorce refusé, mais tout de même !...

Il arrive. Il se présente, Max Denoyaute. Pseudo naturellement. Ancien mercenaire, spécialiste de l'explosif local, artisanal, improvisé et surprenant. Que demande le peuple...Maîtrise un peu le Net. Pas trop athlétique mais plutôt carré dans sa tête. Chemise-cravate, un plus qui fait la différence. Un souvenir remonte à la mémoire de MC comme une bulle de champagne patinée par les années. Il y a les hommes vêtus et les hommes habillés, ma chérie. Colchic a éclaté de rire. Il s'est rhabillé de pied en cap avec le nec plus ultra de sa garde-robe, avant de quitter la chambre pour une destination inconnue. Minuit et demi, ils venaient de se marier ce jour. Colchic en a perdu son sourire et même un peu d'entrain. Certaines choses ne peuvent cependant souffrir le moindre retard et un laisser-aller quelconque.

 

- 2h

 

Briefing terminal et général. Opération « Bordeline » sur le pont. Toute l'équipe est là, sauf le petit nouveau, la perle à quatre épingles. MC balance théorie et pratique en même temps. Le concept consiste à devancer les ravisseurs, les plastiqueurs, leur couper l'herbe sous le pied. Tout le monde a compris ?..Des questions ? Un mercenaire japonais ose. Non, vous ne voyez que le doigt alors que je vous montre ma main, accessoirement à dix centimètres de votre visage. Il s'agit de premièrement supprimer le point d'appui du ou des terroristes, qui est ? Qui est ? Oui, mais non. Non, non, non, Navimoto. Vous êtes idiot ou simplement retardé ? La différence est cruciale, pour ne pas dire essentielle. Pour eux ce sont des otages, mais pour nous des cadavres. On le sait, ce genre de taré tue toujours les otages. Donc, nous prenons une longueur d'avance sur lui. Ce qui est notre ? Notre ? Booster, oui Navimoto, vous voyez quand vous voulez. Là-bas au fond, je vous demande de vous arrêter. Ce golf est, d'une part, à moi ; d'autre part, il ne vous appartient nullement. Enfin, vous êtes là pour écouter. Rupture de contrat ressemble étrangement à rupture de vertèbres, n'est-il pas ?...

Booster, pousser, propulser, ok ?...Les terroristes sont privés de leur appui, pétrifiés par l'irruption de l'inédit et la frustration de s'être fait piquer, si je puis dire, leurs otages. Incidemment, ils ont peur et ils saignent des oreilles par la grâce des quelques explosifs que nous avons disposé à notre tour pour éliminer les otages. Bref, c'est la ?...C'est la ? Navimoto, je vous parle...Non, pas le retournement, crétin !...C'est LA, ai-je dit !...LA victoire, espèce de citron pressé.

En quelques minutes, MC parvient tout de même à faire entendre la force intrinsèque de ce plan profondément en accord avec des siècles de contre-insurrection et l'imprévisibilité toute nippone d'une telle tactique, ce, à l'intention du mercenaire japonais qui semble bouder en vérifiant l'état de ses dents.

 

- 20mn

 

Étrangement, le nouveau n'est pas du tout arrivé. Le portable résonne, il arrive enfin. Résumé après un sévère recadrage que MC ne prolonge pas. Il ne s'agirait pas d'affaiblir celui qui a le plus de potentiel dans l'équipe. Les explications achevées, ils rejoignent discrètement la chaîne et montent dans les étages. Il fait nuit, les locaux sont déserts mis à part deux ou trois ramasse-miettes en képis que le ravisseur n'a pas souhaité voir évacué. MC et son équipe n'approchent pas de l'étage en quarantaine. Il suffira de plastiquer les pieds de soutènement de l'immeuble. Celui-ci s'écroulera, écrasant toute vie. Si la gravité ne suffisait pas, les explosifs du terroriste achèveraient le travail en sautant à leur tour. L'arroseur arrosé. MC sourit en reliant les charges. Même Navimoto semble samouraï, ce soir. Il n'y a pas plus brave, qu'un brave quand l'heure est venue d'être brave, nous enseigne le proverbe. Les ancêtres, nous leur devons tout et même un peu plus, si cela est possible. Ces derniers mots sont prononcés par le détective devant le mur impeccablement blanc d'une salle souterraine. Il y a là quelque chose d’expressionniste dirait le Fantôme, ce héros discret qu'aimait MC tout enfant.

Il demande à Moktar, mercenaire venu de l’Équateur en passant par l'Angola, de bien vouloir immortaliser cet instant. Ils se groupent et Moktar branche le compte-à-rebours de l'appareil photo, avant de les rejoindre. MC ordonne gravement « Ouistiti, dans dix secondes, neuf, huit...Stooooooopppppp!!!! ». Un sixième sens lui a commandé de se retourner. Tout le monde reste figé sauf, naturellement, Lorenzo, le mercenaire habillé qui rajuste sa cravate. MC se retourne et tend la main vers le mur tout blanc. Là, sur cette toile de fond choisie pour une équipe hors du commun, un fil. Un fil, mais il fait quoi ce putain de fil, là, bordel ! Quelqu'un à une idée ??!...MC tend le bras pour arracher ce cheveu sur la toile des souvenirs inoubliables, mais Max hurle soudain « Stooppp! ». Comment stop ? C'est moâ qui dit steuuppp, 'accord ?...Max opine avec conviction. Tout à fait d'accord, mais ce n'est rien ce bout de fil, juste un bout de fil. Regardez, chef, je me mets devant, ok ? D'accord ?...

MC hoche la tête, bonne pâte, bon enfant, avant de se raviser. Pourquoi donc laisserais-je ce fil souiller un mur blanc et gâcher ma photo, hein ? Ce petit nouveau est un peu trop à l'initiative. Et l'initiative il faut en avoir quand il faut en avoir, mais pas plus. Alors, mon petit, vous voulez bien vous pousser ? Oh, mais tu ne m'as plus l'air vraiment content. Ce petit fil de rien du tout occuperait-il une place sérieuse dans tes pensées ?..Tout le monde a le droit d'avoir ses petites manies, alors on va te laisser. Tu vas t'en occuper tout seul. Je dirais même plus : tout seul. Tu tires dessus quand tu veux, nous on est là-bas, derrière la cloison. Allez, à ciao Max...

MC se retire puis ramène son groupe quelques instants plus tard. Max n'a rien tiré, rien enlevé du mur. Il est planté devant sa blancheur comme un fidèle devant son gourou, sauf qu'il est pâle et que ses yeux roulent un drôle de tango.

Par Alain Lasverne - Publié dans : De rien et d'autres - Communauté : papierlibre - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 15 mai 2013 3 15 /05 /Mai /2013 09:20

 

Une nouvelle "hénaurme", en quatre parties


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GRAPH-91.jpg l est un point qui ne souffre aucune discussion pour ceux qui le connaissent : le détective Marcel Comodo a commencé son existence à trente-cinq ans. D'aucuns diraient que c'est bien tard. Ils n'ont sans doute pas connaissance du vilain coup que dame Fortune lui a infligé.

Suite à un terrible accident de voiture, il a presque intégralement perdu la mémoire. Elle lui revient par flash, durant des rêves pailletés qui lui glissent quelques bribes de son existence antérieure, à la manière perverse de l'inconscient, jamais avare d'efforts quand il s'agit de contrarier une existence que la raison s'efforce de maîtriser.

Le détective a vite pris la mesure de la situation. Sur lui-même il devait compter et cette cervelle vacante n'en serait que plus légère pour aborder de nouveaux rivages dans l'existence. Néanmoins, il se laissa soigner, analyser, introspecter par les policiers et psychologues requis pour étudier le cas somme toute peu banal qui se présentait. Avec sérieux il tenta de les aider à trouver trace d'un passé dont ne témoignait nul papier d'identité, nul souvenir, nulle trace visible dans la carcasse démantelée qu'il avait un jour conduit. Marcel Comodo demeura inconnu dans la ville, dans la région, dans le pays tout entier. La planète entière n'avait jamais reconnu Marcel Comodo comme un des siens. Une ingratitude qui frappe quelques dizaines de personnes par an, tout de même. Peut-être faut-il voir là l'explication de quelques aspérités de caractères et d'un goût pour les solutions hétérodoxe, voire légèrement limites.

 

Le détective n'a plus rien à faire du trou d'air ménagé par le sort. Il s'est refait une vie par la grâce d'un caractère fort et de dons indéniables qu'ont su reconnaître quelques âmes non dépourvues d'intuition et de générosité, comme le patron de l'agence, Julien Résolu. Dans le visage cabossé et l'obstination à vendre une inexpérience patente mais pleine d'assurance, il a décelé un enquêteur qui doperait les résultats de sa petite entreprise. Aussitôt, il l'a embauché, pour une poignée d'euros.

Marcel Comodo est aujourd'hui enquêteur en titre, number one selon lui. Le passé est derrière, aime-t-il souligner avec un sens inné de la phrase qui choque, frappe et même assène une incontournable vérité. C'est un homme au corps plutôt massif, d'une taille moyenne. On pourrait le penser pataud, voire lourdaud. Il est souple et vif, grâce à la pratique régulière des arts martiaux et du billard français. Dans son bureau, sur le mur de droite sous une nature morte découpée dans Play-boy, on peut voir une série de clichés de lui pris à diverses époques. Si son visage marque peu à peu le passage du temps, la posture demeure inchangée. Bras droit tendu en avant, jambes légèrement pliées et main gauche fermée en poing prêt à frapper celui qui se hasarderait à défier ce maître en kimono noir, sponsorisé par les pompes funèbres Leclair, comme l'indique leur logo cousu sur les deux manches de l'habit.

 

On a le droit de penser que quelques photos ou la voix du détective, présentées avec insistance à Limoges ou à Rio, aurait pu ôter le voile couvrant cet être. Quelques songes du détective laissent penser qu'il fut, dans une autre vie, un homme avec un métier, une femme, des enfants qui sait. Mais les rêves ne donnent pas d'adresse, ni n'offrent de descendance, sauf peut-être les rêves mouillés en bonne compagnie, plaisante-t-il parfois. Il est âgé de quarante-cinq, d'après sa dentition. Son nom il le doit à une petite gourmette qu'il portait au poignet quand on l'a désincarcéré de l'épave automobile.

Il est connu pour son acharnement. Quand on ne peut entrer par la porte, on passe par derrière. Quand on ne peut passer par derrière, on défonce la porte. Il lui faut parfois résumer l'essentiel à certains collègues qui s'obstinent à chercher des pellicules sur les cheveux planqués dans la soupe quotidienne. Marcel Comodo est assez fier de ses flahs d'éducation populaire synthétisée et s'attache à n'oublier personne dans sa distribution.

 

Aujourd'hui, ici et même maintenant, il est confronté à un mystère, un vrai mystère sans solution apparente, comme il l'a certifié à ses collègues de l'agence.

Le temps s'écoule sans permission et le mystère demeure. Personne ne sait vraiment comment aborder la chose. Ce qui fait pas mal de fric perdu à force de glander, a diagnostiqué Marcel pour faire comprendre, s'il en était besoin, qu'il n'y a aucune raison qu'on vienne lui prendre la tête avec des suggestions débiles et des considérations stupides. Tout le monde sait, heureusement, qu'il n'y aurait rien à gagner à vouloir indiquer, voire suggérer quelques réflexions divergentes à MC, comme ils l'appellent affectueusement. « Tout seul, c'est tout bénéfice » devise gravée, d'ailleurs, sur la plaque collée au-dessus de la tête de cerf pendant au mur au-dessus de la porte du bureau du détective number one.

 

Alors, qu'est-ce qu'on fait, tu as une idée sans doute, a dit le chef Résolu. MC n'en avait aucune, mais tout vient à point et les crimes sont fait pour être résolus, a t-il assuré avec un certain bon sens. Le chef a repris ses mots croisés en indiquant d'un doigt la porte.

Il s'est déjà écoulé trois heures. Le criminel potentiel a donné une journée, vingt-quatre heures donc. Reste vingt-et-une heures, à peu de choses près. Il s'agit d'être méthodique. Méthodique, répète MC devant la glace des toilettes de l'agence. Glace reflétant avec professionnalisme ce visage tout en angles aigus qui lui fait face, sans oublier le poil brun et ras qui couvre à peine le crâne et cache difficilement la cicatrice qui le traverse d'un bord à l'autre.

 

Résumons le résumé, pour faire efficace, suggère MC pour lui-même.

France 25 a projeté, trois jours auparavant, une émission consacrée à l'humour involontaire des animaux vivant dans nos maisons, nos champs, nos cours d'eau et même ailleurs. Elle a reçu dans l'heure qui suivait une protestation indignée de la LIPAA, ou Ligue Indignée de Protection des Animaux Asservis. Après consultation du Président Gilbert de la Châtaigne-Dorée, la direction de la chaîne a décidé de programmer des excuses plates et, pour faire preuve de son attachement inaliénable à ces amis des hommes trop souvent traités comme des bêtes, a envoyé son webmestre vers le site où un web-rédacteur avait déniché la perle qui leur valait admonestation. Il était chargé de laisser un petit mot au propriétaire pour lui expliquer que la chaîne fait son devoir citoyen en décourageant ce genre de vidéo....Au fond de son dix-huitième CDD de quinze jours, le webmestre a pris sur lui de s'exposer un peu, de montrer son attachement à la charte, aux valeurs et aux dirigeants de France 25. Il a salement hacké le site et tout ce qui dépassait dans le coin.

Pas vraiment satisfait de ne pas retrouver son blog et ses vidéos en rentrant à la maison, le propriétaire du site a cependant réussi à remonter jusqu'au vilain auteur du big crunch. Tête près du bonnet, tu vas te faire péter le nez, aurait diagnostiqué MC, qui n'était pas encore sur le coup, faut-il le rappeler.

 

L'internaute-propriétaire de ce qui fut un joli blog nommé « Gag Mare » a décidé de réagir. Il est attaché à ses petites vidéos sur le site, particulièrement celle qui fut diffusée par France 25. D'autant qu'il a fichu les originaux à la poubelle, ça prend trop de place dans un disque dur de petite capacité. Comment imaginer une seconde qu'on voudrait effacer ses petits bricolages qui n'intéressaient, à vrai dire, que son grand-père ?...Il sait que France 25 a diffusé sans consentement. Il est un peu fier de la chose, au fond de lui, un peu consolé. Il espère surtout qu'ils ont, eux, gardé une copie et qu'il pourra la récupérer et relancer son blog, en attendant d'aller vendre sur un réseau dédié dans le Web profond, ses services de mercenaire tout-terrain pour une prochaine mission dans le vaste monde.

Il contacte la chaîne, se présente et demande qu'on lui restitue une copie de sa vidéo. Il veut bien passer sur la destruction de toute son œuvre et accessoirement de sa vie d'artiste. Le stagiaire qu'il a au bout du fil insiste pour savoir qui il doit lui passer. Le propriétaire de Gag Mare finit par raccrocher, pour rappeler le lendemain. Il obtient la secrétaire de l'animateur de l'émission, peu connue pour ses qualités diplomatiques. Elle explique de manière plutôt concise qu'il peut faire une croix bien appuyée au feutre noir sur ses espérances, ou se rabattre sur un épisode masturbatoire en direct au fond de son lit. La chaîne n'a pas gardé copie de la vidéo, c'est comme ça. Et personne de la chaîne n'irait détruire un site, nous ne sommes pas des bandits, monsieur !...Elle coupe juste avant qu'il n'ouvre la bouche pour...

 

Une semaine plus tard, le propriétaire rappelle une fois encore et explique que des mines antipersonnel ont été déposées à certains endroits choisis des bâtiments de France 25. Il n'hésitera pas à envoyer tout le monde attendre les émissions de Noël au ciel si la chaîne ne se décide pas à faire ce qu'il demande : diffuser le documentaire comportant l'ultime vidéo qu'il peut récupérer. Gilbert de la Châtaigne-Dorée accepte de négocier en personne et obtient un délai technique minimal pour retrouver puis diffuser le doc. En attendant de trouver une solution à l'incontournable : la cassette de l'émission, les rushes et autres docs afférents ont été détruits le jour même de la diffusion, dans le cadre de la politique de réduction des coûts du service public. On n'a pas trouvé, non plus, copie de l'émission sur le Net, qu'elle n'a pas passionné, visiblement.

Dommage pour France 25. Vingt-trois heures pour trouver des bombes sans vraiment les chercher, parce que le fabricant à dit qu'il les ferait sauter aussitôt si quelque « branleur télévisuel » s'avisait de poser ne serait qu'un œil dessus. Et défendu de prévenir les flics, naturellement. Gilbert de la Châtaigne-Dorée a choisi ce qui s'en rapproche le plus, le détective privé.

 

Après d'intenses cogitations, quelques poils de moustache en moins et six séries de mouvements synchronisés de taï-chi, MC a trouvé les vecteurs de pénétration en territoire ennemi.

 

Les coordonnées du terroriste.

Préférant l'obscurité, comme beaucoup de ses petits camarades, l'internaute terrorisant à choisi de ne dévoiler ni son nom, ni son adresse. Pas très fair-play conclut in petto MC. Légèrement crispé par cette attitude cavalière, il fauche d'un balayage machinal le pied de la secrétaire du patron, qui s'obstine à passer et repasser devant son bureau vêtue d'une robe courte et même plutôt courte alors qu'elle n'a nul besoin de cogiter. Elle crie et MC ferme la porte du bureau. Passer à autre chose.

Le patron de France 25.

Il est à particule, ce crétin, n'empêche qu'il a les yeux bridés, s'énerve MC. Cette particularité n'a pas de rapport forcément direct avec le terroriste, mais il est indéniable que Gilbert de la Châtaigne-Dorée semble regarder le monde entier avec un impénétrable dédain. Et MC ne voit pas de raison particulière à se laisser piétiner les rognons par un exemplaire de ces exotiques qui nous inondent de matériels high-tech et se permettent de diriger des chaînes françaises, à l'occasion.

Otarie en pédalo.

C'est le titre de l'épisode animalier au cœur de la controverse. MC a même découvert en interrogeant le bridé dédaigneux qu'effectivement qu'on y voit un otarie sur un pédalo. En train de pédaler, a affirmé le technicien qui a réellement vu les images. MC a poussé un peu vivement le technicien dans ses retranchements, tout en lui laissant éponger le sang qui coulait de son nez fracturé. Un timing efficace, sinon diplomatique. Le technicien a raconté toute l'histoire. Le bédalo arribe bar la mer, et on voit, snnnifff, l'odarie qui...MC a remis le suspect sur les rails et repris l'interrogatoire.

Le pédalo arrive par la mer et on voit l'otarie qui est assis dans un pédalo double, à côté d'une blonde comme dans les dessins animés. Une poitrine comme ça et des yeux super grands et. Ils parlaient, vous dites ? Euh...Non, non, ils ne disaient pas « euh » !...Ils disaient rien. Si, sissisissi ! L'odarie barlaient un beu. Aie !

L'otarie parlait un peu, assure-t-il. Quoique ce technicien plein de bonne volonté n'arrive pas à se rappeler ce qu'il disait. Ce que s'abstient de confirmer son bridé de patron.

Par Alain Lasverne - Publié dans : De rien et d'autres - Communauté : papierlibre - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Alain Lasverne

  • J'ai 59 ans, j'écris régulièrement depuis 22 ans. Au compteur, des nouvelles, des poésies et huit romans. La revue Kaleidon a publié quelques-unes de mes nouvelles, en 95 et 96. Fin 2009, parution de "Je sauverai le monde", chez Kyklos.

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